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terres d'Aligre, galerie dédiée à la céramique contemporaine, librairie d'art, éditeur - 5 rue de Prague 75012 Paris - tel: 01 43 41 90 96 - tel 09 64 25 14 31 ou Philippe Albizzati 06 07 83 48 90

Brève histoire des tapirs entêtés

Publié le 26 Mars 2013 par terres d aligre in Tapirs entêtés

 

Les cartes d'identités des tapirs 2013 sont réunis dans le livret de l'exposition "30 et quelques tapirs entêtés... viennent de Lettonie" en vente à la galerie.

 

Le tapir entêté est un mammifère de faïence, mi tapir, mi chien.

Hauteur au garrot, 11 à 13 cm.

Longueur de la truffe à l'extrémité de la queue, 31 cm.

Poids,  selon qu'ils ont la tête vide ou pleine, 450 à 900 grammes.


Le premier tapir entêté

 

En 2007 Christine Brückner crée le premier tapir entêté : " j’ai modelé un animal un peu au hasard, et voilà qu’est sorti de mes mains un têtu, un entêté, un arc-bouté qui met toute sa force à se buter, à résister mais à prendre son élan aussi".

Christine Brückner, céramiste, travaille la terre depuis 1999, et s'entête à créer des tapirs afin de montrer le formidable potentiel créateur des artistes et artisans, la force de l'imagination et l’infini diversité des réalisations. Anthropologue de formation, en faisant voyager les tapirs, elle crée un pont entre des artistes de différents pays et fait connaitre les uns dans les pays des autres...

Mis à part sa tapiromanie, Christine travaille la terre avec une approche de coloriste, les émaux, les glaçures et les innombrables facteurs lui permettent d'obtenir des surfaces douces à l'œil et souriantes à l'esprit.... 

Au moyen d’un moule composé de…21 pièces, fabriqué par Hombeline Nicolle, Christine Brückner reproduit la forme. Puis elle décore la surface. Naissent ainsi quelques tapirs entêtés, à la forme constante, à la robe variable. En traitant la forme de façon répétitive Christine décuple le sentiment de liberté qu'elle éprouve à en changer la robe. Mais cela ne dure pas. Même en déclinant les robes des tapirs entêtés à l'infini c'est soi et toujours soi qui ou qu'on décline et cela ne varie pas tant que ça. Les variations d'un seul imaginaire sont limitées.

Christine Brückner confie alors quelques spécimens à des "non céramistes" : un peintre, puis un graphiste…, disponible à ce qui va advenir de ses tapirs, qu’elle ne maîtrise pas.

Les résultats sont enthousiasmants, mais que faire ? Quel avenir pour le tapir entêté ? Quel rayonnement lui donner ?

 

"30 et quelques tapirs entêtés…" 

 

C’est à ce moment-là que Philippe Albizzati, créateur de la galerie terres d’Aligre, et Christine Brückner se rencontrent. Ensemble ils vont déployer ce projet, en proposant à des bijoutiers, sculpteurs, designers textile, sculpteurs en fil de fer, plasticiens, dessinateurs de presse…, d’habiller un tapir selon leur imagination et leur talent. Une façon d’alimenter le débat toujours renouvelé des frontières entre artiste, artisan et artisan d'art.

La première horde de tapirs entêtés est en marche. Christine Bruckner va tirer du moule "30 et quelques tapirs entêtés" et accompagnera chaque artiste dans son projet, de manière à adapter le tirage de chaque tapir.

Chaque tapir entêté se voit remettre une carte d’identité qui spécifie, son nom, celui de son habilleur, l’année de sa promotion, ce qui a inspiré l’artiste et la technique utilisée. Chaque année un livret regroupe les cartes d’identité de la nouvelle cohorte.

Cette première édition des tapirs entêtés sera présentée à la galerie terres d’Aligre lors des JEMA (Journées Européennes des Métiers d’Art ) 2011 et rassemblera 35 tapirs entêtés et leurs habilleurs.

Cette première édition des "30 et quelques tapirs entêtés…" se clôt sur la journée mondiale du tapir qui a lieu chaque année le 27 avril. Martine Ménard, designer, céramiste et habilleuse de tapir, par qui l'information arrive, nous en donne la signification : "c’est une journée de défense des forêts humides. Le tapir en est le symbole, qui a besoin de centaines d’hectares de forêt pour se nourrir et se reproduire".

 

… vont au Couvent de Treigny"

 

Dès la 1ère édition une évidence s'imposait : l'histoire des tapirs entêtés ne faisait que commencer. Parce que la rencontre des artistes et artisans d'art avait été pleine de joie. Le support identique pour tous et dont aucun n'était responsable avait visiblement libéré les créativités. Parce que les visiteurs avaient exprimé leur enthousiasme. De nombreuses "candidatures" s’étaient exprimées tant du côté de potentiels habilleurs que du côté de potentiels acquéreurs / propriétaires. Cette première manifestation avait éveillé le désir "d'en être" lors d'une prochaine édition..., ça ne pouvait donc pas s'arrêter là !

D’autres expositions étaient alors envisagées, une biennale des tapirs entêtés se déroulerait à la galerie terres d’Aligre les années impaires. Quant aux années paires…

C’est alors que Marie-Lucie Trinquant, habilleuse d’un tapir entêté de la 1ère édition, professeur à l’école supérieure des arts appliqués DUPERRE, membre de l’Association des Potiers Créateurs en Puisaye, propose le Couvent de Treigny : "J'ai tout de suite dit que l'idée me paraissait bonne, que j'allais en parler au groupe, dans la mesure où l'APCP souhaite chaque année proposer des expos à thèmes, parallèlement à celles de printemps et d'été. J'ai donc présenté le projet aux membres de l'association et ce concept inédit de création et d'exposition a reçu un accueil très favorable, ce projet permettait à tous les potiers de l'APCP qui le souhaitaient d'entrer dans la grande famille des habilleurs, et (grâce à la participation d’habilleurs franciliens) de faire connaître des créateurs de tous poils, inconnus dans la région. C'est aussi la première fois je crois que l'association allait travailler avec une galerie".

 

… viennent de Lettonie"

 

L’internationale des céramistes existe bel et bien !

Après quelques clics sur internet, Eugenia Loginova, de la section Céramique de l’Académie des Beaux-Arts de Riga en Lettonie, découvrit un beau jour quelques-unes des photos de l’exposition "30 et quelques tapirs entêtés" à la Galerie terres d ’Aligre.

C’était en 2011.

Le charme de ces curieux tapirs imaginés par Christine Bruckner opéra si bien que rendez-vous fut pris pour leur participation active à un symposium artistique à l’été 2012, en Lettonie.

Christine embarqua dans sa voiture une vingtaine de tapirs déjà émaillés mais tout nu, et deux moules d’estampage de tapir entêté  (une quinzaine de kilos chacun tout de même) et traversa une bonne partie de l’Europe, en voiture et en bateau, direction Zvartava, à 200 km de Riga.

Une trentaine d’artistes, sélectionnés sur dossier, s’y retrouvaient dans un magnifique manoir de la campagne lettone, avec pour objectif principal : le traitement du tapir entêté, cet hybride au curieux nez, né des mains d’une créatrice rebelle au "moule" de la conformité et du consensus.

Lettonie – Russie – Ukraine – Géorgie – Pologne – Turquie – Pays-Bas -  Angleterre – Espagne – France.

Les présentations faites, il fallut constituer 2 groupes de travail selon ceux qui désiraient travailler en 2 ou en 3 dimensions.

Le premier a réuni les artistes travaillant la peinture sur porcelaine.

Dans le deuxième groupe, se sont retrouvés les artistes souhaitant habiller, voire modifier les formes du tapir entêté. La présence d’un four à bois au manoir permettait les cuissons au sel dans un four à bois.

Pendant trois semaines, ces artistes venus en majorité des pays de l’Est, céramistes –surtout – mais aussi peintres, bijoutiers ou designers, se sont appropriés "leur" tapir entêté, le décorant, l’habillant, le modifiant, au gré de leur savoir-faire, de leurs humeurs, de leurs rêves secrets.

Trois semaines de création, d’échange et de partage, en russe et en anglais principalement, clôturées par une somptueuse fête déguisée et une exposition à la galerie Maksla de Riga.

Puis, les 30 tapirs entêtés, sous la houlette de Christine Bruckner et Nicolas Contreras, ont quitté leur pays d’origine et leurs créateurs. Dûment emmaillotés et soigneusement mis en caisse, ils ont gagné la France et la Galerie terres d’Aligre où ils sont exposés à partir du 28 mars 2013.

 

 Il court, il court le tapir…

Paris-Travemünde (Allemagne) : environ 1000 km en voiture

Travemünde – Ventspils (Lettonie) : 28 heures de bateau

Ventspils – Riga : 200 km - Riga – Zvartava : 200 km … et retour à Terres d’Aligre.

 

Les habilleurs de tapirs entêtés

Dès la première année une rencontre des habilleurs s’est instituée la veille du vernissage, un peu comme une générale. Les habilleurs se présentent et présentent leur tapir aux autres habilleurs. Ce n’est pas si facile. L’air est traversé d’hésitations, de voix qui portent loin et de voix si douces que chacun se tait et prête l’oreille... Certains cherchent leurs mots, d’autres lancent des traits d’humour ou des questions, c’est un moment émouvant, drôle et chaleureux. L’ambiance va d’un brin d solennité à une franche camaraderie. Puis les échanges se multiplient, on s’interpelle, on se découvre ou se reconnait, un joyeux brouhaha et le tintement des verres... La famille des habilleurs de tapirs s’agrandit.

Les tapirs entêtés ont un avenir.

En 2019 une exposition "Finale" réunira tous les tapirs entêtés.

Les acheteurs de tapirs sont informés qu’ils seront invités à montrer leur tapir à l'occasion de cette exposition.

D'ici-là, entre deux expositions, les tapirs entêtés peuvent être vus, admirés, adoptés à la galerie "terres d'Aligre.

 

Textes : Myriam Bürgi, Danielle Fournier, Marie-Lucie Trinquand

© éditions terres d’Aligre

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